meslem seddik (mahi)

Mahi le hakawati des Beni Amer

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«Le conte est un art oral qui participe à la perpétuation de la mémoire»

 Mahi, le hakawati des Beni Amer à La voix d’Oranie«Le conte est un art oral qui participe à la perpétuation de la mémoire»
L’événement culturel autour du conte, or-ganisé du 12 au 19 mars 2007 pour la première fois à Oran par l’association Le Petit Lecteur, a permis au public oranais d’assister à des spectacles de praticiens du conte venus de différents pays et ayant une grande expérience dans l’art de l’oralité. L’un d’entre eux, Meslem Seddik, dit Mahi, de la Compagnie Machaho de Sidi Bel-Abbès, aura laissé une forte impression chez le public. A chacune de ses prestations, au cours de cette rencontre internationale, il a su captiver et conquérir le public hétérogène par sa présence sur scène et ses aptitudes narratives exceptionnelles. Les étreintes et les épanchements d’estime de ses pairs et du public à son égard, vendredi après-midi lors de son départ d’Oran, à la fin de la représentation du spectacle «Le lion et la bûcheronne», témoignent du capital d’amitié et de considération que le Goual de Sidi Bel-Abbès a su rapidement accumuler. Le prestigieux hakawati, qui a su, par la magie de son verbe, charmer et plonger dans l’enfance le public oranais, a bien voulu nous entretenir de son parcours professionnel, de l’art du conte et de cette nouvelle expérience.V.O: Un mot sur votre parcours professionnel ?
M.S : Il faut dire d’abord que je suis venu à la scène par le théâtre avec les formations bélabésienne des «4 saisons», de 1975 à 1980, et algéroise «Debza» de 1981 à 1983. Je suis retourné ensuite à Sidi Bel-Abbès où j’ai assumé la fonction d’animateur de cinéclub de 1984 à 1991. J’ai rencontré et assisté le cinéaste Belkacem Hadjadj pour la réalisation de son documentaire «Une femme taxi à Sidi Bel_Abbès». J’ai fait l’adaptation et la traduction de 8 contes berbères et l’œuvre poétique de Bachir Hadj Ali en arabe. J’ai décidé alors de faire du conte un métier et j’ai créé la coopérative Machaho en hommage à l’écrivain Mouloud Mammeri. Je sillonne alors l’Algérie pour donner des spectacles, toujours accompagné du violoniste Hamid Djillali et de Ghania Benabdellah pour la régie. J’ai également à mon actif la publication d’un conte «Pierre de lune», adapté d’après un texte de Bernard Leduc, aux éditions L’Harmattan et d’autres contes en voie de publication.
- Vous venez de participer à l’événement culturel autour du conte organisé par l’association Le Petit Lecteur. Quelle est votre appréciation générale sur cette rencontre?
- Cette rencontre internationale a été bénéfique pour moi à plus d’un titre. Elle m’a d’abord permis de me faire connaître et aimer par le public oranais et a permis aux praticiens des différents horizons qui ont participé à ce festival d’échanger leurs expériences. Ce fut un grand bonheur pour moi de rencontrer des conteurs rompus à ce métier, de la trempe du Sénégalais Abou Fall, la Française Catherine Gendrin ou encore Saïd Ramdane. Je tiens, en cette occasion, à saluer la louable initiative des organisateurs de cette rencontre qui a ouvert des espaces aux conteurs, leur offrant ainsi la possibilité d’avoir des contacts avec le public. Par ailleurs, le séminaire qui était inscrit au programme de cet événement aura constitué une aubaine pour les praticiens du conte d’avoir le point de vue des chercheurs sur le conte.
-Combien de fois avez-vous affronté le public au cours de cette rencontre?
-D’abord une participation à la représentation collective de tous les conteurs, le mardi 13 mars en soirée au TRO, ensuite deux spectacles dans un établissement scolaire à Mdina Djedida et au CCF où j’ai pu présenter deux contes: «Le poisson d’or» et «Hattou Benhattou Elli Ma Der Raï Emratou» et enfin une exhibition à Santa Cruz, lors de la visite guidée, le vendredi 16.
-Que représente le conte pour vous et quel est le statut du conteur aujourd’hui en Algérie?
-Le conte, à mon humble avis, est un art oral qui participe à la perpétuation de la mémoire. Le conte véhicule des repères culturels importants. Le conte, moi, je le tiens de ma mère. Le conte agit en médiateur entre les générations et entre l’écrit et l’oralité. Aujourd’hui, en Algérie, le conte est considéré comme un art mineur, c’est pourquoi il existe très peu de conteurs chez nous. Je dois avouer que mes débuts à Sidi Bel-Abbès ont été très difficiles, mais j’ai réussi toutefois à surmonter les écueils et toucher des milliers de personnes par mes spectacles. Le conteur aujourd’hui souffre de préjugés.
Le statut du conteur est encore flou : tantôt assimilé au clown, tantôt au comédien. Mon objectif est de contribuer à faire du conte un art majeur et puis il y a une demande du public que l’on n’a pas le droit de négliger.
-D’où puisez-vous votre répertoire?
-Du patrimoine algérien ou maghrébin. Je puise dans notre mémoire collective, je déterre de l’oubli les contes qui ont bercé notre enfance. Car qui ne connaît pas les histoires de «Hattou Benhattou», «La vache des orphelins» ou «Daouia». J’adapte également des contes tirés du patrimoine universel comme «Le poisson d’or» que j’utilise comme préambule dans tous mes spectacles pour donner le ton.
-Des projets pour l’avenir?
-Pour l’immédiat, je viens de conclure une convention avec la Direction de la culture de Sidi Bel-Abbès pour une série de spectacles qui interviendront durant le mois du patrimoine. Au courant de l’année, ce sera la publication de deux contes «L’homme qui regardait la nuit» et «Le miroir de l’eau», en version bilingue, aux éditions L’Harmattan. Pour plus tard, je compte concrétiser un projet qui me tient particulièrement à cœur: la création d’un cercle de conteuses, car la femme constitue un gisement inépuisable de contes. Au risque de me répéter, c’est de ma mère que je tiens cet amour pour le conte.
Auteur: G. Morad

voix de l’oranie du 19.03.2007

12 juin, 2008 à 21:02


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